Les trottinettes électriques ne sont pas interdites en tant que telles. Elles sont classées comme engins de déplacement personnel motorisés (EDPM) dans le code de la route depuis 2019, ce qui leur confère un statut légal encadré. Ce qui prolifère, ce sont les interdictions ciblées : zones de circulation restreintes, arrêtés préfectoraux locaux, obligations d’équipement renforcées. Comprendre pourquoi exige de dépasser le raccourci médiatique et d’examiner les mécanismes réglementaires en jeu.
Accidentologie des EDPM : des chutes isolées plus que des collisions
L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière recense 79 usagers d’EDPM tués en 2025, contre 45 en 2024. La progression des blessés graves suit la même pente.
A voir aussi : Quelle marque arrête les voitures électriques ?
Un fait technique reste peu discuté : la majorité des accidents sont des chutes sans collision avec un tiers. L’étude rétrospective menée à l’Hôpital Femme-Mère-Enfant de Bron sur les admissions pédiatriques entre 2021 et 2025 le confirme. Diamètre de roue réduit, centre de gravité élevé, absence de suspension sur les modèles d’entrée de gamme : l’engin décroche sur la moindre irrégularité de chaussée.
Interdire les trottinettes sur les trottoirs protège les piétons. Mais le risque principal, celui de la perte de contrôle isolée, reste entier pour l’usager. Les restrictions de circulation ne couvrent qu’une fraction du problème accidentologique.
A lire aussi : Quelle est la différence entre un retrait et une suspension de permis ?

Fragmentation territoriale des règles de circulation en trottinette
Le socle national est clair : pistes cyclables en agglomération, vitesse maximale de 25 km/h, trottoirs interdits sauf autorisation municipale à 6 km/h, assurance responsabilité civile obligatoire. Au-delà de ce socle, préfets et maires superposent des obligations locales qui diffèrent d’un territoire à l’autre.
Plusieurs départements ont durci les exigences d’équipement par arrêté préfectoral, en s’appuyant sur les chiffres de mortalité 2025. Résultat : une trottinette conforme au code de la route national peut se retrouver en infraction dès qu’elle franchit une limite départementale.
Conséquences pratiques de cette mosaïque réglementaire
- Un usager qui traverse plusieurs communes sur son trajet domicile-travail peut être soumis à des obligations d’équipement différentes selon les tronçons, sans aucun panneau l’en informant.
- Les opérateurs de location en libre-service doivent ajuster leurs conditions générales et leurs notifications en temps réel, ce qui a contribué à leur retrait de plusieurs agglomérations.
- Aucune base de données centralisée ne recense les arrêtés locaux applicables aux EDPM, rendant la veille réglementaire quasi impossible pour un particulier.
Débridage et engins hors normes : le vrai moteur des interdictions
Le débridage concentre les tensions. Au-delà de 25 km/h, l’engin perd son statut d’EDPM. Il devient un véhicule non homologué, sans plaque, sans permis, sans couverture assurantielle valide.
Des revendeurs commercialisent des kits de débridage ou livrent des engins déjà modifiés. Ce défaut de conformité ne relève pas du comportement individuel mais de la chaîne d’approvisionnement, ce qui rend le contrôle bien plus difficile pour les autorités.
Transport de passagers et usage par les mineurs
Transporter un passager sur une trottinette électrique est interdit. L’âge minimum d’utilisation est fixé à 14 ans par le code de la route. Ces deux règles figurent parmi les plus enfreintes.
Les données hospitalières montrent que les mineurs représentent une part significative des blessés graves en EDPM, avec une surreprésentation des traumatismes crâniens et des fractures des membres supérieurs.

Sanctions et assurance : le coût réel d’une infraction en trottinette électrique
Circuler hors des zones autorisées expose à une amende de 135 euros. Le défaut d’assurance responsabilité civile peut entraîner une amende allant jusqu’à 3 750 euros. Port d’écouteurs, téléphone en main, conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants : les sanctions sont identiques à celles prévues pour tout véhicule terrestre à moteur.
- Amende de 135 euros pour circulation sur trottoir sans autorisation municipale.
- Amende pouvant atteindre 3 750 euros pour défaut d’assurance.
- Responsabilité civile engagée en cas de dommage à un tiers, avec prise en charge des frais médicaux et indemnités.
- Mise en fourrière possible à Paris pour stationnement interdit des trottinettes en libre-service.
L’assurance reste le point aveugle de nombreux usagers. Un EDPM est un véhicule terrestre à moteur : l’obligation d’assurance n’est pas optionnelle. Certains contrats multirisques habitation incluent une garantie responsabilité civile qui peut couvrir l’usage d’un EDPM, mais nous recommandons de vérifier les conditions particulières du contrat. Sans mention explicite de la circulation sur voie publique avec un engin motorisé, la couverture n’est pas acquise.
Les trottinettes électriques ne sont pas interdites au sens strict. Elles sont progressivement encadrées par un empilement de normes nationales et locales dont la lisibilité reste faible. Le durcissement s’accélère parce que la sinistralité augmente, parce que le débridage échappe au contrôle, et parce que les collectivités disposent désormais de l’arsenal juridique pour agir à leur échelle.

