On prépare un trajet de 800 km pour un week-end, on hésite entre la voiture, le train ou un vol low-cost. Le réflexe, c’est de comparer le prix et la durée, rarement les émissions de gaz à effet de serre. Le transport reste le premier secteur émetteur en France, avec environ un tiers des émissions nationales.
Selon qu’on parle de CO2 par passager-kilomètre ou de pollution locale (particules, oxydes d’azote), le classement des modes de transport change du tout au tout.
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Pollution climatique et pollution de l’air : deux classements différents
Quand on cherche quel moyen de transport pollue le plus, on tombe sur des comparatifs en grammes de CO2 équivalent par passager-kilomètre. C’est l’indicateur standard pour le climat. Par ce prisme, l’avion est le mode de transport le plus émetteur par passager-kilomètre, devant la voiture thermique utilisée en solo.
La pollution de l’air, c’est un autre sujet. Le transport maritime, par exemple, émet des quantités notables de soufre, de particules fines et d’oxydes d’azote, particulièrement près des zones portuaires. Un cargo ou un ferry qui manoeuvre dans un port dégrade la qualité de l’air locale bien plus qu’un avion en altitude. Les émissions d’oxydes d’azote du transport maritime européen ont d’ailleurs augmenté entre 2015 et 2023.
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Confondre ces deux types de pollution, c’est le piège classique. Un mode de transport peut être relativement sobre en CO2 par tonne transportée (le cargo, pour le fret) tout en étant très nocif pour la santé des riverains des ports.
Avion, voiture thermique, ferry : émissions de CO2 par passager-kilomètre
Prenons un trajet concret. On veut relier deux grandes villes françaises séparées d’environ 750 km. Le tableau ci-dessous donne un ordre de grandeur des émissions par passager, calculé selon l’approche en gCO2e par passager-kilomètre qu’utilisent les comparateurs comme ceux de l’ADEME.

| Mode de transport | Niveau d’émissions CO2e par passager-km | Commentaire |
|---|---|---|
| Avion (vol court-courrier) | Très élevé | Chaque km pèse lourd dans le bilan carbone |
| Voiture thermique (conducteur seul) | Élevé | L’autosolisme plombe le bilan ; le covoiturage le divise |
| Ferry | Élevé à très élevé | Dépend du taux de remplissage et du carburant |
| Autocar longue distance | Modéré | Taux de remplissage souvent bon |
| Voiture électrique (conducteur seul) | Modéré | Dépend du mix électrique du pays |
| Train (TGV en France) | Très faible | Alimenté par un mix électrique largement décarboné |
Le taux de remplissage change radicalement le classement. Une voiture thermique avec quatre passagers descend dans la zone de l’autocar. Un avion à moitié vide voit ses émissions par siège exploser. Quand on compare, il faut figer cette variable, sinon le résultat ne veut rien dire.
Le cas du ferry, souvent oublié des comparatifs
On parle beaucoup de l’avion contre le train, rarement du ferry. Sur une traversée Méditerranée, un ferry classique peut émettre autant, voire davantage qu’un vol court-courrier par passager. Le carburant lourd utilisé par de nombreux navires (fuel lourd ou HFO) est à la fois très carboné et chargé en soufre.
Le règlement européen FuelEU Maritime commence à encadrer ces émissions en prenant en compte le CO2, le méthane et le protoxyde d’azote sur l’ensemble du cycle de vie de l’énergie, pas seulement à l’échappement. C’est une approche dite « du puits au sillage » qui devrait progressivement contraindre les armateurs à passer à des carburants plus propres.
Transport routier en France : pourquoi la voiture pèse autant dans le bilan national
La quasi-totalité des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports en France provient de la route. Les véhicules particuliers en représentent la majorité. Ce n’est pas parce que la voiture est le mode le plus polluant par kilomètre (l’avion la dépasse), mais parce qu’on l’utilise massivement, tous les jours, pour des trajets courts et moyens.
Le transport routier domine les émissions par son volume, pas par son intensité carbone unitaire. C’est une distinction qui compte quand on veut agir : réduire de quelques pour cent l’usage quotidien de la voiture thermique aurait un effet plus rapide sur le bilan national que de supprimer la totalité des vols intérieurs.
Depuis 1990, les émissions du secteur des transports en France ont augmenté, alors que celles des autres secteurs ont globalement baissé. L’amélioration de la performance environnementale des véhicules n’a pas compensé l’augmentation de la circulation.

Voiture électrique : une réponse partielle
Le passage à la voiture électrique réduit les émissions à l’usage, surtout en France où le mix électrique est largement décarboné. En revanche, la fabrication de la batterie génère un « sac à dos carbone » initial significatif. Sur l’ensemble du cycle de vie, la voiture électrique émet nettement moins qu’une thermique en France, mais elle reste loin derrière le train ou le vélo.
Réduire ses émissions de transport : les arbitrages concrets
On ne va pas se mentir : on ne remplace pas tous les trajets par du train ou du vélo. Les contraintes de temps, de budget et de desserte locale s’imposent. Quelques leviers ont un effet mesurable sur l’empreinte carbone des déplacements :
- Remplacer un vol intérieur par un trajet en TGV quand la liaison existe, c’est diviser ses émissions par un facteur considérable sur ce trajet précis.
- Passer de l’autosolisme au covoiturage sur un trajet domicile-travail divise par deux ou trois les émissions par personne, sans changer de véhicule.
- Privilégier l’autocar longue distance plutôt que la voiture solo ou l’avion sur les liaisons interurbaines moins bien desservies par le train.
- Pour les traversées maritimes, vérifier si le ferry utilise du GNL ou un scrubber, car les écarts d’émissions entre navires peuvent varier fortement.
Les retours varient sur la praticité de ces alternatives selon les territoires. Dans les zones rurales mal desservies, la voiture reste souvent sans concurrent réel pour les trajets quotidiens.
Le classement du moyen de transport le plus polluant n’est pas figé : il dépend du polluant mesuré, du taux de remplissage et de la distance parcourue. Sur le plan climatique, l’avion reste le plus émetteur par passager-kilomètre, mais c’est la voiture thermique qui pèse le plus lourd dans le bilan français, simplement parce qu’on roule beaucoup plus qu’on ne vole. Garder ces deux réalités en tête, c’est déjà un bon point de départ pour choisir ses trajets.

